L'ÉDITO
ÉDITO DE LA 19ème ÉDITION DU FESTIVAL DE TARENTAISE


Les très Riches Heures Musicales du Duc de Savoie


La Savoie célèbre cette année les 150 ans de son rattachement à la France. C’est l’occasion pour le festival baroque de Tarentaise de se pencher sur le passé musical glorieux et pourtant méconnu de notre région. Quelle musique entendait-on à la cour des ducs de Savoie à l’époque baroque ? Quel rôle ce territoire, idéalement situé entre France et Italie, a-t-il pu jouer dans l’histoire de la musique ? Questions passionnantes et sérieuses auxquelles l’édition 2010 tente d’apporter quelques éléments de réponse passionnants… et festifs !
Il faut dire que la fête a bien souvent régné à la cour du duc de Savoie.
C’est évidemment le cas au XVe siècle, où la magnificence du duché n’a d’égal que celle du duché de Bourgogne. Un symbole : le plus grand compositeur de l’époque et sans doute l’un des plus grands de tous les temps – Guillaume Dufay – réside à plusieurs reprises en Savoie et occupe le poste de maître de chapelle auprès du duc Louis Ier. C’est ce même Louis qui épouse la très mélomane Anne de Lusignan, dont la dot contient l’un des recueils de musique les plus incroyables qui nous soient parvenus, rassemblant ce que l’époque a produit de plus beau : le manuscrit de Chypre, toujours conservé à Turin !
Au XVIe siècle, la sainte chapelle de Chambéry fait résonner les entrelacs complexes des polyphonies vertigineuses des maîtres franco flamands parmi lesquels, et non des moindres, le maître de chapelle du duc, Antoine Brumel.
Mais la Savoie historique s’étend des deux côtés des Alpes et après Chambéry, c’est Turin qui en devient la capitale en 1563. Le duc Charles-Emmanuel 1er, homme de lettres lui-même, s’entoure de personnalités de premier plan comme Le Tasse ou G.B. Marini ; il accueille dans sa capitale piémontaise les nombreuses compagnies de commedia dell’arte en route pour la France ; par-dessus tout, il est le promoteur de spectacles grandioses auxquels collabore le génial compositeur palermitain, Sigismondo d’India.
A la fin du XVIIe siècle, Turin suit la mode française et se dote comme Versailles d’une « bande de violons ». Jusqu’au XIXe siècle, de Somis à Viotti, c’est toute une lignée de violonistes tous plus virtuoses les uns que les autres, qui feront la gloire de l’école turinoise de violon, à l’origine de l’école violonistique moderne.

Notre programmation n’épuisera pas, loin s’en faut, toutes les merveilles de ce patrimoine, pétri d’influences venues de l’Europe toute entière. Mais grâce à des artistes de renommée internationale, elle propose de vous faire revivre, en quatorze concerts joués dans les églises baroques des hautes vallées de Tarentaise et dans la monumentale église Notre-Dame de Chambéry, quelques-unes de ces très riches heures musicales.
Pour retrouver, au moins symboliquement, la dimension ultramontaine de la Savoie, nous avons choisi d’associer à cette fête nos amis valdôtains qui seront parmi nous lors du bal Renaissance. Par ailleurs, le chœur d’hommes de Verrès nous rappellera le temps d’un concert que la Savoie possède un répertoire musical populaire des plus savoureux.
Enfin, nous ne pouvions en 2010 passer à côté du double anniversaire Scarlatti / Pergolèse. La clôture du Festival leur est consacrée.

Bon festival !

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