Édition 2020

L'Aurore !

Particulièrement touchés par la période que nous avons traversée, les arts et la culture vacillent. Nous pensons avec tristesse à tous ces festivals qui ont dû baisser pavillon cette année et à tous les artistes, qui depuis de trop nombreuses semaines désespèrent de retrouver la scène. Mais, en dépit des contraintes sanitaires et des peurs légitimes, le Festival de Tarentaise – qui a la chance de se dérouler au mois d’août – ne renonce pas et tente de maintenir une édition, certes très largement remaniée, afin que la musique vivante retrouve un peu de place cet été. Si nous sommes contraints de réduire la voilure, l’ambition reste intacte : trois ensembles de haut vol nous font l’amitié de venir en Tarentaise en acceptant notamment la contrainte de jouer et de chanter… en plein air. Ils ont dû pour cela repenser et adapter leurs programmes. Nous les en remercions.

Car oui, nous avons besoin d’air frais !

Bien qu’attachés au patrimoine baroque alpin, nous choisissons cet été de sortir des églises. Raison sanitaire oblige ; mais aussi parce qu’après ces longs mois confinés, nous avons furieusement envie de prendre l’air, à défaut de prendre le large.

Ce sera l’occasion de (re)découvrir d’autres sites remarquables. Connaissez-vous le château Manuel de Locatel à Conflans ? Construit au XVIe siècle sur le versant abrupt de la montagne, ce bâtiment en éperon offre une belle perspective sur la ville nouvelle d’Albertville, le massif des Bauges et la majestueuse combe de Savoie. Mais c’est surtout la cour intérieure du château qui nous intéresse : le corps de logis et ses trois tours offrent en effet un écrin propice à la musique. De la même façon, alors que nous connaissons bien la cathédrale de Moûtiers, nous placerons cet été notre scène tout près de celle-ci, en plein air, dans la ravissante cour de l’ancien Archevêché. Enfin, nous prendrons de la hauteur en vous invitant à nous suivre à Notre-Dame du Pré, un petit village qui surplombe la Tarentaise. Ne vous laissez pas impressionner par la route et ses vingt-sept lacets : après avoir traversé une magnifique forêt de chênes et de pins, vous atteindrez un plateau offrant un panorama grandiose sur le Cheval Noir, la chaîne de la Lauzière et les contreforts du Beaufortain. Avant d’écouter dans la charmante petite église baroque Les Festes champêtres de Marin Marais, nous vous proposerons une promenade toute aussi champêtre, sur les sentiers qui entourent ce beau village perché.

Creuser son sillon ? Se réinventer ? Plus que jamais, en cette période incertaine, le passé doit nous inspirer.

Sous le règne de Louis XV, alors que la viole de gambe cède la place au violoncelle, Louis de Caix d’Hervelois (1677-1759) donne à son instrument ses dernières lettres de noblesse et crée une œuvre d’une fougue et d’une poésie rarement égalées. La Rêveuse mettra en regard ce compositeur trop rarement joué avec son immense prédécesseur et maître, Marin Marais. Benoît Haller et ses compagnons de la Chapelle rhénane ont choisi quant à eux de parcourir l’histoire de la chanson, genre musical qui, depuis des siècles, ne cesse de se réinventer. De Clément Janequin à Claude Debussy, le quatuor vocal nous donnera ainsi l’occasion de découvrir quelques raretés aux côtés de célèbres chefs-d’œuvre. Enfin Ophélie Gaillard et deux complices de son ensemble Pulcinella nous offriront certaines des plus belles pièces pour violoncelle de Jean-Sébastien Bach et d’Antonio Vivaldi, les deux géants du Baroque tardif.

Nous avions placé l’édition de 2019 sous le signe de la nuit. Que cette 29e édition un peu spéciale soit placée sous celui de l’aurore. Telle la déesse Aurore qui revient tous les matins, fraîche de sa jeunesse préservée, les œuvres de la période baroque sonnent aujourd’hui encore, grâce aux ensembles virtuoses et inspirés que nous invitons, avec le même éclat et la même évidence qu’au jour de leur création. Et, à l’image de l’aurore, promesse d’un jour radieux, que les trois concerts de cette année si particulière nous donnent l’espoir d’un monde où le spectacle vivant aura complétement retrouvé et sa scène et son public.

En plein air et à bonne distance physique, mais ô combien rapprochés par une même passion pour la musique ancienne, retrouvons-nous, cher public, cet été en Tarentaise et soutenons ensemble le spectacle vivant.

Portez-vous bien !

Jean-Luc Hyvoz

Directeur artistique

P.-S. : La programmation initialement prévue et à laquelle nous avons dû renoncer vous sera intégralement présentée en 2021, augmentée de surprises… Car annonçons-le tout de suite : 2021 sera une année particulière puisque nous fêterons la 30e édition du Festival de Tarentaise !